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En 2004, le projet de l’école primaire de Gando, un obscur village du Burkina Faso à la frontière du Togo et du Ghana remporte l’Aga Khan Award for Architecture. Son auteur, Francis Kéré, natif du lieu, est du même coup placé sous les feux des projecteurs. Cet architecte urbaniste diplômé de la Technische Universität de Berlin a débuté ce premier projet en 1999 alors qu’il était encore étudiant. Il est intéressant d’y voir comment l’architecte transpose le rationalisme écologique enseigné à la T.U. aux conditions climatiques et sociales de Gando. Mais ses efforts ne se limitent pas à l'architecture. Avec l'aide de son association Schulbausteine für Gando (Des briques pour l’école de Gando), il essaie de fournir à son peuple des structures éducatives permettant de combattre efficacement l’analphabétisme et offrir des perspectives pour un avenir meilleur. Son objectif est de favoriser l’implication directe des populations locales dans le processus de développement.
Francis Kéré vit entre Berlin, où il a ouvert son agence et enseigne l’architecture durable à la T.U., et le Burkina Faso où il poursuit son action dans des projets innovants. En Afrique, l’architecte construit des écoles et des équipements, toujours simples et économes tel le centre pour les femmes à Gando, en cours de réalisation. A Ouagadougou, il conduit les discussions pour la création d´un opéra africain. Les projets du parc national de Bamako au Mali et du centre de formation de Dapong au Togo porteront sa signature. Son rayon d’action le mène désormais au Yémen, en Espagne, en Inde. Au-delà de ses activités de recherche et d´enseignement, l´architecte parcourt le monde pour animer des workshops et des conférences sur l´écologie à Madrid, Johannesburg, New York ou Oslo. Et l’un de ses compatriotes d’affirmer : « L’histoire de Diébédo Francis Kéré est édifiante et passionnante. C’est celle d’un homme dont le dynamisme et le potentiel créatif, développé par les études et nourri par un sens élevé des responsabilités, ont été mis à contribution en vue d’ouvrir de nouvelles perspectives d’avenir à un continent tout entier».
Connaissant la culture occidentale, quelle est votre démarche pour arriver à un niveau d’architecture acceptable en Afrique ?
La façon la plus simple est de ne pas avoir peur et de se concentrer sur les possibilités en Afrique, avec les matériaux traditionnels et le potentiel de la main d’œuvre locale. Ne pas se laisser aller à dire que les africains doivent rester dans les cases rondes. Je veux changer cela et interpréter ce que j’ai appris en Europe pour les besoins de l’Afrique. Dans cette approche, on peut recréer une architecture propre à l’Afrique.
Que peut-on retenir de l’architecture européenne qui soit applicable à l’Afrique ?
C’est difficile à dire. N’oublions pas que les conditions climatiques sont très différentes. Il faut concevoir des maisons qui ne s’échauffent pas. On peut s’appuyer sur des concepts propres à l’Europe. On peut surtout apprendre à ne pas être un architecte individualiste se battant pour de belles idées à réaliser. Il faut essayer de travailler avec les populations. Les convaincre. Les impliquer.
Vous désirez donc impliquer les gens pour qu’ils soient heureux dans l’acte de bâtir ?
Nous, Africains, sommes peut-être sous-développés mais nous avons des ressources humaines. Si nous nous mettons ensemble avec le peu que nous possédons, nous pouvons créer un monde bâti qui n’a pas peur de se comparer à l’Europe. Et si l’architecture répond aux besoins des habitants et qu’elle est acceptée par eux - cela signifie qu’il faut les impliquer très en amont -, je vois une réelle chance pour l’Afrique. Notre projet d’école à Gando a eu tellement de succès que le nombre d’élèves a littéralement explosé. Aujourd’hui, nous avons construit une extension pour pouvoir accueillir un total de 700 élèves. C’est formidable quand on sait que le Burkina Faso compte 80 % d’analphabètes.
Quelles sont les techniques simples que vous préconisez, notamment dans le cas de l’école de Gando?
Pour protéger les bâtiments de la chaleur, je préconise un bâtiment compact, thermiquement régulateur, et un double toit en auvent. A savoir un faux-plafond massif en terre et, séparée par une lame d’air, une toiture en tôle légèrement inclinée. Celle-ci déborde d’au moins deux mètres pour assurer un rôle de pare-soleil et de protection des murs. Grâce aux ouvertures de la façade, l’air circule constamment pour rafraîchir le bâtiment sans consommation d’énergie. Et pour économiser le ciment des fondations, nous avons utilisé la latérite, matériau présent dans les champs des alentours. Disposées de façon linéaire, les salles de classe sont encadrées de murs porteurs en blocs de terre compressée et un chaînage en béton. La charpente a été réalisée in situ en acier soudé par les forgerons du village. Chaque construction doit apporter une nouveauté technique porteuse d´identité. L´acte de bâtir est à la fois un moyen de développement par l´éducation et un outil de communication entre tous les pays.
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